La mairie de Limoges incendiée la veille lors d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / Pascal LACHENAUD )
La façade est encore debout mais de la fumée s'échappe d'une fenêtre. Dimanche matin, l'intérieur de l'hôtel de ville de Limoges, incendié la veille, n'est plus qu'un souvenir.
Devant l'édifice, inauguré en 1883, de nombreux passants constatent les dégâts et immortalisent la scène.
La partie ancienne du bâtiment est "quasi 100% détruite" à l'intérieur, dont les services de l'état-civil, selon les autorités. La partie moderne à l'arrière, qui abrite les bureaux administratifs, a été sauvée.
La toiture s'est effondrée, le beffroi est tombé et l'ensemble donne l'impression d'une coquille vide. A travers les fenêtres brisées, se distinguent des morceaux de charpente tombés au sol.
L'émotion est palpable. "Mes enfants se sont mariés ici, ça fait mal au cœur. On peut avoir des revendications sans tout casser. C'est d'une violence inouïe", confie Jean-Louis, un riverain à la retraite.
"C'est un cauchemar. Il y aurait pu y avoir des morts. Quand est-ce que ça va s'arrêter ?", demande une habitante.
Dans une lettre au maire de Limoges, Guillaume Guérin (LR), le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis que la mairie serait reconstruite avec l'aide de l'Etat, "car elle est le symbole d'une Nation qui ne se laisse ni abattre ni intimider".
Environ 5.000 personnes, dont 700 individus "radicalisés et extrêmement violents" selon les autorités, ont participé à la manifestation samedi. De premiers heurts ont opposé ces derniers aux forces de l'ordre aux abords de l'autoroute A20.
Selon le préfet de Haute-Vienne, Maurice Barate, "des automobilistes ont été pris à partie, molestés gratuitement, des pare-brise cassés" et des "carjacking" se sont prolongés jusque dans la nuit.
Le maire LR de Limoges, Guillaume Guérin, devant la mairie de Limoges incendiée la veille lors d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / PASCAL LACHENAUD )
Puis le cortège s'est déplacé en ville et s'est disloqué quand la police, à court de grenades de désencerclement, n'a plus réussi à contenir les éléments radicaux, affirme le maire.
La police nationale "a manqué de moyens" et "a reculé" face aux casseurs, "à Limoges comme dans d'autres villes", a fustigé l'élu, en réclamant au gouvernement "un plan particulier" et "une pluie de millions" pour reconstruire la mairie.
"Hordes sauvages"
"L'État a abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages, donc j'attends qu'il comprenne", a-t-il martelé.
"Vous êtes en droit d'attendre Ia transparence sur le déroulement des événements et les conditions de protection de l'hôtel de ville", lui a répondu le chef du gouvernement.
La mairie de Limoges incendiée lors d'une manifestation contre la vie chère, le 17 octobre 2026 ( AFP / Pascal LACHENAUD )
Selon le préfet, les effectifs maximum qui pouvaient être déployés, des policiers mais aussi des gendarmes venus les renforcer "dès la mi-journée", ont été mobilisés.
En fin de journée, quand une partie des émeutiers arrive devant l'hôtel de ville, des policiers municipaux tentent de faire face mais leur voiture est brûlée. Des casseurs brisent des vitres et mettent le feu à l'intérieur. "Ils ont dit aux gardiens de la loge, qui gagnent 1.500 euros par mois, on va te crever", a raconté le maire.
"C'est à cause de personnes comme ça qu'on ne va pas nous écouter. Eux n'en ont rien à faire de nos revendications, ils veulent juste faire du mal", dénonce Julien, un lycéen venu constater les dégâts après avoir manifesté samedi.
"Je suis sidérée, comment c'est possible d'en arriver là ?", s'inquiète Marie, une étudiante, devant l'édifice en ruines.
"Ce n'était pas une casse désordonnée", pointe le préfet. "Il y avait des harangueurs, des gens qui donnaient des consignes et des hordes ensuite qui déferlaient, avec autour des pilleurs d'opportunité qui en ont profité dans les commerces".
Lors des premiers heurts près de l'A20, "des énormes roues ont été jetées sur les forces de l'ordre. Il y avait des béliers de 200 kilos. Ce n'est pas tombé des arbres. Ça ne se promène pas dans le sac à dos. C'était parfaitement organisé", a abondé le maire.
Le parquet de Limoges a ouvert une enquête pour "destruction d'un bien par moyen dangereux en bande organisée". "Après de nombreuses interpellations", 17 personnes dont sept mineurs étaient en garde à vue dimanche matin selon la procureure, Émilie Abrantes.
Une marche blanche est annoncée dans la ville en fin de journée, en présence notamment du candidat à la présidentielle David Lisnard, patron de l'Association des maires de France (AMF), et de la ministre chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne.
Sébastien Lecornu a promis de se rendre à Limoges dans la semaine.

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